Le projet "Cénotaphe" représente une fusion éloquente entre art urbain éphémère et héritage architectural rural, conçu par le studio Kera de Tbilissi. Cette initiative novatrice s'est déployée en deux étapes distinctes : une installation transitoire présentée lors de la Biennale d'Architecture de Tbilissi 2024, puis une transformation en une structure pérenne, agissant comme un clocher pour une église millénaire nichée dans le village de Soli, au cœur de la communauté de Lenjeri en Svanétie, Géorgie. L'origine du terme "Cénotaphe", signifiant "tombe vide" en grec, confère une dimension symbolique forte à cette œuvre. Positionnée initialement sur un ruisseau oublié de Tbilissi, l'installation visait à attirer l'attention sur ces cours d'eau souterrains, incitant à une méditation sur leur sort avant leur disparition. La cloche, élément central actionné par une roue de moulin à eau toutes les 20 à 30 minutes, amplifiait cette atmosphère contemplative, sonnant l'alarme pour ces richesses naturelles ignorées et invitant les passants à une introspection.
Suite à la biennale, la question de la pérennité de l'œuvre s'est posée, menant à une réaffectation ingénieuse de sa typologie originelle. L'intention était de la transformer en un clocher fonctionnel, offert à une communauté qui pourrait en faire usage liturgique et social. La région de Svanétie, en Géorgie, est apparue comme un choix évident en raison de l'architecture locale dominée par des tours et de la place centrale des églises avec leurs cimetières dans la vie des villages. L'intégration de ce clocher dans une de ces églises garantit non seulement sa fonction religieuse, mais aussi son rôle actif au sein du quotidien communautaire. Ce projet est remarquable par son approche d'auto-construction, menée par le studio d'architecture en collaboration étroite avec les résidents locaux, qui ont apporté leur aide tant par leur travail que par leur soutien matériel.
Le "Cénotaphe" incarne une réflexion profonde sur la reconnexion avec les éléments naturels et le patrimoine, soulignant comment l'architecture peut servir de pont entre le passé et le présent, l'urbain et le rural. Il nous rappelle l'importance de préserver et de revitaliser les trésors cachés de notre environnement et de nos cultures, en engageant activement les communautés dans la création de leurs propres récits spatiaux. Cette démarche illustre comment l'ingéniosité et la collaboration peuvent insuffler une nouvelle vie à des structures, les transformant en symboles de résilience et de continuité.